Un an de plus

Ma Janou,

Donc nous revoilà à cette fameuse date chelou où il faut boire du champagne pour ne pas penser. Et c'est comme un marqueur tu vois. Un marqueur comme la date de naissance du Christ ou le big bang, en tous cas  c'est mon big bang perso. 

Chaque année, je fais un bilan le 27 mars. Je me demande, ce que j'ai fait de mon précieux temps de vie, ce que j'ai fait de bien surtout, tant qu'à faire, ces 365 derniers jours supplémentaires que toi, tu as vécus depuis ton duplex au paradis à siroter des cocktails avec Luke Perry (nouvel arrivant, pas pire ma biche dis-donc) et Amy Winehouse.

Cette année encore, comme les 6 qui viennent de s'écouler, je prends donc le temps d'y réfléchir, regarder dans le rétro, contrairement aux autres qui doivent sans doute faire ça à leur anniversaire ou bien au 31 décembre. J'en fais des bilans de fin d'année, mais connement, va comprendre, c'est toujours cette date qui sert de point de repère. 

Et bien, en un an, j'en ai fait des trucs, comparé aux autres années. Je dirais que c'est un cru prolifique presque autant que la première année que j'ai été obligée de passer sans toi. Cette année, tu le sais je suppose, j'ai encore révolutionné ma vie. C'est toi qui as dit qu'il fallait avoir des projets dans la vie, moi tu sais, des fois, j'écoute et parfois, j'applique les conseils avisés. 

J'ai pris une décision le 14 mars 2018: j'ai décidé de m'installer en Haute-Savoie. C'est pas un truc subi, non, c'est un choix. C'était sans doute le moment pour moi de traverser le miroir pour aller me confronter à la vie. Tu vas rire, je t'entends d'ici, oui la vie ne m'a pas loupée jusqu'ici, mais j'ai sans doute dû accepter mon sort, vu que j'en suis sortie quasiment indemne. (J'ai enrubanné mon coeur si fort qu'on le voit clignoter parfois, tu le vois toi, de là-haut?) 

J'ai donc tout vidé, tout vendu, tout emballé, encore une fois. Les meubles aussi cette fois. Et j'ai pris Bianca sous le bras, kidnappé Seb pour le week-end, et traversé la France dans un bolide jaune et noir. Je suis devenue journaliste, moi. Eh ouais, comme quoi hein, je t'étonnerais toujours hein ma biche? Elle en a sous le sabot, ta lolo. Alors voilà, en juin j'ai raboulé ici, à Annecy, au bord du lac. J'y suis toujours si tu me cherches. En juillet, j'ai fêté ton 38ème anniversaire avec quelqu'un que tu aimerais beaucoup je pense,  à coup de Mumm, parce que tu le vaux bien, hein, tant qu'à faire. Et puis, j'ai bossé à Albertville. Tous les matins, je regardais le lac, je devinais de quelle humeur serait ma journée en fonction de sa couleur, des milliers de miroirs qui s'y reflétaient, ou des ondes qui le remuaient du dessous. En septembre, j'ai bougé, direction Bonneville, ça t'aurait fait marrer de me voir en Che Guevara du droit social, j'parie. Bein j'ai pas fait semblant encore. Fallait se montrer à la hauteur, j'ai fait de mon mieux j'te jure. 

En septembre toujours, j'ai récupéré mon diplôme dans la grande ESJ de Lille, tu vois laquelle? Celle derrière le Palais des Beaux Arts....et j'y suis allée en perfecto et doc martens. J'en loupe pas une non. Octobre et novembre, tempête sous un crâne, j'ai pris une autre décision, celle de me sortir de là où j'avais posé plus qu'un orteil, vu qu'apparemment j'étais incompatible, juridiquement parlant. Enfin, tu m'as comprise. J'ai vu Etienne Daho et Morcheeba, j'ai regardé des milliers de films et j'ai arrêté d'utiliser les codes de Benjamin pour avoir mon compte Netflix à moi comme une grande. Eh ouais. Émancipation un jour....:) La fin de l'année est arrivée et j'ai renfilé mes gants de boxe pour remonter sur le ring, c'était pas pire, j'ai pas perdu mes vieux réflexes, mais quand la cause est juste bein tu y vas. Et j'ai créé de nouveaux projets aussi, j'ai rêvé beaucoup, j'ai fait de mon mieux pour que les gens sourient et soient heureux. J'ai offert des livres et de la joie et j'en ai reçu. Oui tu as bien lu ma Janou, j'ai accepté de recevoir de la joie. Grande première mondiale et interstellaire.

Mais surtout ma Janou, j'ai pensé à toi quand j'avais des coups de mou, parce qu'ici tout est à refaire et parfois c'est long et c'est dur sans un mot gentil ou un coup de pied aux fesses pour dire "allez vas-y Campi, bouge, ça va le faire". Je ne me plains pas, c'est impossible, je suis vivante, rien que pour ça j'ai pas le droit. Mais je reconnais que c'est moins easy que je l'imaginais. Enfin, en réalité j'ai rien imaginé. Comme d'hab j'ai foncé à l'instinct et vlà. J'ai fini par repasser ma tête par la porte de la vente, chez Promod (te marres pas) et j'ai recoupé mes cheveux très courts. (Nouvelle coupe pour une nouvelle vie? Oui, à toi aussi ça te rappelle quelque chose?) J'ai vécu des soirées mémorables, on m'a prise dans les bras, j'ai goûté du génépi et j'ai même regardé les étoiles filantes des soirées entières, j'ai vécu des nuits blanches, j'ai nagé dans le lac, j'ai mangé des frites à pas d'heure et j'ai prévu un voyage, j'ai enfin posé des vinyles sur une platine chez moi, j'ai parlé italien, anglais et j'attends de parler russe un de ces 4. J'ai reçu des sourires, des baisers qui claquent, des cartes postales, des cartes tout court. J'ai lu des kilomètres de livres, embrassé des inconnus, écouté les Pussycat Dolls et Britney Spears en dansant comme une barge dans ma cuisine. J'ai pris le soleil sur le balcon, pris l'avion en écoutant la pie voleuse de Rossini au décollage. Oui, des trucs j'en ai fait oui. J'ai pleuré, j'ai eu mal, j'ai galéré, j'ai pesté, j'ai crié, je me suis mise en colère, j'ai serré les poings, j'ai aimé, j'ai essayé de désaimer mais je ne sais pas le faire, échec cuisant, j'ai fait des cookies qui ne ressemblaient à rien, j'ai soufflé des bougies magiques, j'ai attendu des messages qui ne sont jamais arrivés et qui, je le crains, n'arriveront plus. J'ai bu des hexolitres d'eau chaude avec des plantes dedans, j'ai lorgné sur les sauts en deltaplane, et même si Hélène insiste pour le moment, toujours pas de parachute à l'horizon Step by step, baby. J'ai vécu quoi. Ma vie à 100 à l'heure. Remplie, pleine, vraie, authentique. Mais pas un jour ma Janou, je n'ai cessé de penser à toi.

Comment te dire que j'entends encore ta voix sur ta messagerie dans ma tête, que si tu m'apparais en rêve et que tu souris je prends un shoot de bonheur en me réveillant et a contrario si je te vois mal j'ai les boules et j'y réfléchis pendant des jours? Mais j'avance, j'avance oui. Mon coeur est toujours en phase de cicatrisation, mais je vais de l'avant. Je fais des to-do list et je les tiens, j'essaie de m'habiller correctement même quand je reste chez moi, à 38 ans quand même il serait temps....Les gens entrent et sortent de ma vie, parfois avec une violence folle sans se rendre compte de l'impact de leur comportement sur l'hypersensible que je suis, comment leur en vouloir, j'essaie de me blinder mais je ne suis ni un fourgon ni une porte, donc à priori je vais continuer à douiller. Mais enfin, douiller, ça prouve que je suis oxygénée et irriguée donc c'est que tout va bien....pas vrai?

Voilà l'année qui vient de s'écouler. Rencontres bouleversantes et extra-ordinaires, amitiés consolidées, physique en meilleur état, et maintenant me voilà face à de nouveaux défis mais tu es là, dans chaque pas, quand je trébuche, dans chaque étincelle quand je perds le Nord.

Mais sans déconner, tu reviens quand?

C'est quand même la plus longue partie de cache-cache de ma vie quoi. T'es super bien cachée mais maintenant ça suffit. Hein. Bon. En plus, on ne sait toujours pas à quoi rêve la lotte, et Céline Dion a un nouveau tchum. Non mais sérieux. S'agirait de grandir là hein :) 

J't'aime hein, ouais, bon, si quand même. Pis fort en plus.

Bisous tout là-haut, prends soin de toi ma biche. Et merci. 





Commentaires

Devenir Adulte a dit…
Ton article m'a mis les larmes aux yeux.
Très touchante, j'ai appris que tu te dépassais et que tu sortais souvent de ta zone de confort. Je ne peux que t'encourager et même si la cicatrisation s'avère toujours là, ta biche veille sur toi et est fière de toi, j'en suis sure.

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