Les 40 - premiers - hivers

J’ai visiblement réussi à vivre 40 ans jusqu’ici, non sans encombres, non sans aventures, non sans hauts et bas, comme chacun de nous, je suppose.
Mais je suis fière d’avoir compris qui j’étais. Ni une mère, ni une épouse (en tous cas ça a l’air réglé cette histoire, à moins d’un miracle, sait-on jamais !) mais une amie, un confidente, une marraine, une tata, un rigolote, une femme (toujours bizarre de ne plus dire " fille « , mais voilà, le temps est venu de... grandir ?) et surtout quelqu’un d’intense, d’entier, de vrai. Et c’est sans doute ça ne je suis le plus fière en réalité, de me rapprocher le plus possible de ce que j’étais, de ce que je suis au fond de moi, de ce que me renvoie le sourire de la petite fille don’t la photo est toujours accrochée sur le mur de mon bureau.

Comprendre le rejet.... et le combat

C’est bien la blessure la plus difficile à supporter et c’est celle à laquelle je me confronte depuis toujours. Je ne l’ai pas compris tout de suite. Il a fallu une rencontre, un rendez-vous, un travail sur soi de longue haleine pour comprendre : je n’ai pas été acceptée telle que j’étais, ma personnalité n’a ni été aiguisée ni encouragée. Enthousiaste, volontaire, spontanée. Oui mais trop, moi disait-on. Alors, chacun leur tour, les adultes ont essayé de la baisser de plusieurs tonnes, de la faire se taire, jusqu’à ne plus du tout savoir qui j’étais, vraiment. J’ai donc été une bonne élève, une gentille fille obéissante, à qui on peut tout dire, à qui on peut tout faire, puisque même si elle a mal, elle nous aimera quand même. Mon hypersensibilité a été décelée très tôt par mon entourage, avant moi. Ce n’est qu’en 2005, chez un psychologue exceptionnelle, que j’ai compris que ce n’est pas grave d’être moi. Relisez bien cette phrase. Parce que ce n’est pas grave non plus, d’être vous. Au contraire, c’est une force. Un super-pouvoir. Et j’ai débuté un long travail de psychothérapie. Très longtemps.
Étais-je « trop » (de trop ?) comme tout le monde s’accordait à le dire ? Ou étais-je juste moi-même, dans un monde d’apparences ? Alors que fait-on quand notre « nous » ne convient à personne et que l’on risque d’être seul, alors qu’on a déjà le sentiment d’être abandonné sur cette Terre, livré à soi-même, privé de la fontaine de l’amour originel, naturel, évident, que d’aimer celui qui naît avant même qu’il naisse tel qu’il est ? Sur s’adapte. « Sur un rencontré les masques d’autres sur soi », dirait Jean-Jacques Goldman. Bien, bien. J’ai donc été celle qu’on a attendu que je sois. Je suis moi-même rejetée en réalité. J’ai répondu aux attentes, j’ai accepté de ne pas être respecté, de ne pas me montrer comme j’étais puisque j’aurais été rejetée, j’avais testé déjà, l’ai testé du goût métallique du rejet, dans la bouche et le cœur. Rien n’est pire que d’être rejeté, versez un hypersensible, me semble-t-il. Quand nous, faisons attention à tout, à ne pas brusquer, à ne pas peiner, que nos antennes perçoivent tout, et qu’en dépit de cela, nous nous retrouvons ignorés et pireeeeeeeeeeeeeee : quand ceux que nous aimons sincèrement sont indifférents à nous (entièrement : notre bienveillance, notre amour tout simplement).

Donc j’ai avancé de cette façon dans la vie. J’ai eu 20 ans, les cheveux longs et le sourire aux lèvres, après avoir passé plus de temps à l’école, au collège, au lycée et à la fac, que chez moi, puisque là, je me sentais « de trop » tandis que l’école m’accueillait bras ouverts, avec ses cdi, bibliothèques, lieux paisibles et réconfortants. En dépit de tout, je souriais encore. Sans doute avais-je l’espoir d’être acceptée un jour pour vrai.
Bien sûr, avec certains de mes amis, je pouvais baisser les masques, enlever la cape et la panoplie de supergirl qui ne craint rien. Parfois, j’ai pu être moi oui, et ces amis sont toujours mes amis aujourd’hui. Je n’aurais jamais assez de mes 40 prochaines années pour les remercier de leur soutien.

Puis, j’ai eu 30 ans. Le summum de la mascarade. J’étais en miettes, détruite, triste, mais aucune des photos de cet anniversaire ne le montre. Entourée d’une centaine de personnes, dans un anniversaire que j’ai organisé entièrement, j’ai fait ce que je sais faire de mieux. J’ai géré. Ma vie professionnelle, ma vie sentimentale, mon corps, ma santé, tout était un champ de ruines au fond de moi, mais en apparence, j’étais avocat à mon compte, j’ai du succès auprès des hommes, j’avais plein de gens autour de moi. Je ne m’en veux pas. J’ai fait de mon mieux. C’est en juillet 2011, soit quelques mois après cette soirée, que j’ai fait mon premier burn-out, que la cuirasse s’est fissurée. Et en 2012, quand j’ai appris la maladie de l’amie qui manque sur ces photos, pour des conneries d’ego, j’ai déposé les armes, pour de bon.
J’ai commencé un travail ardu, long, douloureux, alorsx, de reconnexion à moi. En 2013, j’ai quitté le barreau et elle a quitté cette terre. Sans elle, n’aurais-je poursuivi ce travail de sape de moi-même ? Sans doute que si. Si j’ai 40 ans, alors qu’elle en aura 32 pour toujours, c’est clairement grâce à elle et à l’homme qui m’a ramassée dans sa salle d’attente pour moi remonter avec un cric, un magicien des âmes. J’ai appris à respirer, à marcher, à manger, à vivre. J’ai entamé une « rééducation ».

De 2014 à 2017, tout était tranquille et serein, quand j’y repense, ce travail m’accaparait. En parallèle, je jouais à la marchande avec de nouvelles amies qui m’obligeaient à être moi, la vraie moi, sincère toujours, mais avec mes failles visibles, sans masques. Un jour, l’une d’elle m’a dit ' c’est une excellente nouvelle de te voir en larmes, ça prouve que tu es humaine, toi aussi ». Vous voyez un peu le poids de mon déguisement ? Enfin, j’étais acceptée pour ce que j’étais, mieux, j’y étais obligée : certaines m’ont été envoyés par la vie pour moi percer à jour. Plus possible de mentir sur mes états d’âme, plus possible d’être lisse, sans colères, sans emportements, que j’avais réservées si longtemps aux prétoires des cours d’assises. Quand j’ai défendu tous ces gens cabossés, quand j’ai défendu toutes ces vies brisées, c’est moi que je défendais, il est temps de le reconnaître. Celle que je ne pouvais pas être. Celle que j’avais appris à contenir, comme séquestrée en silence dans la grotte de mon cœur. « Chut, ne parle pas, sur va te découvrir sinon. Ne fais pas de bruit surtout » Une sorte de cachette secrète où très peu de gens sont autorisés à entrer. Et soudain.

La résurrection 

 En 2016, j’ai eu un coup de folie, ou bien une manifestation de mon âme joyeuse enfouie dans sa cave qui tournait un peu en rond. J’ai tenté le concours de journaliste de l’ESJ de Lille, comme ça pour voir. Et je l’ai eu... Ah. Comme si cette éventualité ne m’a pas effleurée. Mieux, j’avais été repérée avant cela pour écrire dans un magazine lillois, une chronique rafraîchissante, où j’avais osé montrer, un peu, de ma folie créative. J’écrivais déjà ici depuis que la magique Lison m’a aidée à créer ce blog inespéré, qui compte bientôt 100 000 visiteurs ; un recueil de nouvelles en était sorti et un conte philosophique allait paraître. Ce que j’étais vraiment débordait de partout : il fallait que je crée, que j’écrive, c’est ça en fait, ma vie. Au même moment, ma meilleure amie m’a mise en contact avec un éditeur qui cherchait une plume pour un gros projet de livre d’entreprise, sur les logements de mine. Un lien avec mon histoire familiale, qui a fait tilt. Ce n’est pas moi qu’il a choisi pour ça initialement... finalement nous avons fait ce livre magnifique, don’t je suis extrêmement fière. Tout arrivait en même temps, trop de bonheur d’un coup, trop beau pour être vrai ? J’ai donc reculé de deux pas, vive les saboteurs, repoussant mon entrée à l’école de journalisme d’un an. Mais pour écrire il me fallait un statut, alors j’ai créé une activité dans une coopérative d’entrepreneurs, correction-rédaction. Un magazine m’a contactée. Mais vraiment, quand je vous dis que quand vous êtes sur la bonne voie tout conspire à vous prouver que vous avez raison : croyez-moi. En un an, j’ai décroché un concours de journalisme, créé une activité de rédacteur, publié un livre, rédigé un livre d’entreprise et suis devenue correctrice du Magazine Networker. J’étais moi, enfin. Je n’en vivais pas encore, j’avais encore des petits boulots à côté, mais je touchais du doigt quelque a choisi un choisi qui me ressemblait.
Puis je suis entrée à l’école grâce à un coup de pouce du destin incarné par A, et ça a été douloureux, parce que j’avais vieilli :) et que retourner sur les bancs de l’école n’est pas si évident que je le pensais. Au détour d’un stage que j’ai failli faire à Thonon, et puis non, moi qui étais accrochée à l’idée d’aller à Annecy, j’ai fini par être diplômée. Niveau santé, j’étais en vrac, après le changement d’excipient dans le lévothyrox que je prenais depuis ma naissance, pour pallier l’atrophie de ma thyroïde (le chakra de la gorge, qui sert à communiquer voilà voilà) j’ai dû en baver pour me relever de ces atermoiements scientifiques. Me voilà donc, le 5 février 2018, à mon premier jour de scène en rédaction. L’ambiance et les gens, c’est sympa. Le boulot, ça me plaît bien, en même temps je suis stagiaire et sur ne me confie pas des tâches d’envergure. Le 6 février, je fais la connaissance d’un homme venu d’ailleurs, qui très vite m’interpelle. Nos ressemblances me semblent évidentes, nos failles aussi. Un lien se crée : il va falloir créer ensemble, quelque choisi un choisi à notre image. Cette idée émerge dès les premières conversations écrites et orales. Je repars dans le Nord, avec une promesse de CDD d’été à Albertville. Finalement, je décide de venir m’installateur en Haute-Savoie. Une fenêtre, une toute petite fenêtre s’est ouverte sur ce que je n’osais imaginer : m’incarner, seule, ailleurs. Seule sans le poids d’une histoire familiale, affranchie de tout, n’existant que par moi-même. Je le pensais alors, je ne serai rejetée de nulle part désormais.

Ce média à quatre mains est bien né, en avril 2019, et fonctionne très bien, même s’il pourrait être encore plus fort. Mais tout prend du temps, mon parcours le démontre. Parfois ça s’accélère, et parfois sur atteint un plateau, sur stagne. Il faut faire preuve de patience. Un olivier ne devient pas centenaire en un an. Professionnellement, après six mois en agence, j’ai compris qu’une fois encore, ce que j’étais n’est pas apprécié, ni mis en valeur, alors même que j’ai été engagé pour ces raisons. J’ai décidé d’arrêter les frais. Mais, triste et affaiblie par ces mois intérieurement éprouvants, j’ai pris peur quand il a fallu aller taper aux portes pour moi faire connaître et développer mon entreprise de rédaction/correction, peur du.... rejet. Bingo. Alors je suis retournée dans ma zone de confort, la vente, puis l’enseignement. Jusqu’à janvier 2021, où j’ai littéralement craqué, seule chez moi.
L’année 2020, où tout le monde découvrait le confinement, alors que j’ai l’impression de vivre de cette façon depuis janvier 2019, mes amis étant loin de moi, les moyens, ce qu’ils étaient et la Yaute, un département charmant mais pas non plus chaleureux comme le Nord, je passais beaucoup de temps chez moi. De fil en aiguille, mes réflexes de citadine extravertie des années 2014-2017 se sont effacés. Je suis devenue casanière, solitaire par défaut, puis par choix. Moi envoyé rejetée, rappel. J’ai rembobiné, avais-je rêvé ? Ou bien en venant ici, me fallait-il passer par là ? Il semblerait que ce soit le deuxième choix. Alors j’ai pensé, dormi, vécu, respiré travail. Il y a beaucoup à faire c’est vrai, j’ai préféré m’enivrer de travail que de réaliser que j’étais seul face à moi-même. Remontant peu dans le Nord, sans doute par rejet de ma part cette fois. Il fallait que j’y arrive, j’ai tellement travaillé pour être ici. Sur moi, sur mes blessures, sur mes failles. Les relations tissées en Haute-Savoie, y compris avec ceux qui me ressemblent tant, me donnaient l’impression de m’accrocher à une embarcation qui me renvoyait sans cesse sur la rive. J’avais beau tout faire pour que ça fonctionne, ça ne durait que quelques heures, quelques jours, avant de me laisser de nouveau assoiffée sur le rivage. Si les privilèges sont durables et solides au fond, sur la forme, ce chaud et froid permanent n’a rien de rassurant. Je sais que je suis aimée, mais je me sens aussi très souvent renvoyée dans mes buts, sans comprendre pourquoi.
J’ai donc recommencé à me taire, à attendre, à m’adaptateur, à calquer mon rythme sur celui des autres, à ne jamais me plaindre, pour ne pas déranger. Les vieux réflexes, n’est-ce pas ? Mais quelque quelque un choisi un changement depuis décembre. J’ai démarré un travail avec un kinésiologue, sorte de mémoire cellulaire, pour modificateur ces schémas répétitifs ancrés. J’y vois plus clair, je remets de l’ordre, je découvre, qu’on peut aimer inconditionnellement des êtres formidables en s’aimant soi, aussi. Qu’en se respectant, sur montre le chemin à ceux que l’on côtoie. Que je n’abandonne personne, qu’en m’aimant, moi, personne jamais ne me fera plus sentir rejetée. Depuis lors, j’ai décidé d’être ce que je suis. D’arrêter de me cacher dans des jobs alimentaires, qui n’en sont plus, et quierdeur ma créativité. J’enseigne depuis 2004, ça suffit. J’ai les outils pour réussir, un média à faire tourner et à porter aussi loin et haut que possible, et une activité qui va me faire écrire, et écrire encore, tant que je pourrais tenir un crayon ou taper sur un clavier.
Portée par l’amour de ceux et celles qui m’ont entourée durant ce mois de février, je prends confiance en moi : spontanée, enthousiaste, volontaire et créative, mais pas trop, non. Je suis comme ça, intense. Je suis juste comme ça. A prendre, ou à laisser et ce n’est pas grave, c’est ok. Mais je ne changerai plus ce que je suis pour moi sur-adaptateur aux désirs des autres. Je me le promets.

Bilan... et validation des acquis de l’expérience

Alors, à 40 ans, rebonjour la créativité, rebonjour la joie, rebonjour la détermination, rebonjour la confiance et l’acceptation de soi. Chaque jour passé à créer repousse la blessure de rejet. Quand je regarde mon parcours, je comprends que tout m’a amenée ici et maintenant. J’aime inconditionnellement, et toujours, ceux qui sont un jour entrés dans mon cœur, ceux qui me ressemblent, ceux qui sont mes frères et sœurs d’âme. A ce titre, l’arrivée de J. puis de M. dans ma vie, à trois ans d’intervalle, ne me semble ni une coïncidence, ni un hasard. C’est une bénédiction, un trésor, une oasis dans cette lutte quotidienne pour m’accepter et être acceptée comme je suis. Je n’ai jamais travaillé autant sur moi que depuis que je les connais. Bien sûr, il me reste encore du chemin à parcourir, il me faut encore apprendre à communiquer et à exprimer mes sentiments, sans crainte... d’être rejetée. Sans en faire toujours plus pour être aimée de ceux qui ne veulent pas de moi. Un travail sur mon poids aussi, émotionnel et physique, pour ne pas en être un dans la vie des autres. « Légèreté prise au piège entre des poids ». Cette phrase ne me quitte pas. C’est moi qui suis emprisonnée, alors que, merci G., je suis une femme libre. Sur ne sait jamais commenter les gens nous perçoivent, jusqu’à ce qu’un jour, au détour d’une conversation, le mot est lâché. « Tu es une femme libre « , c’est fou, c’est exactement ce que je rêve d’être depuis toujours, c’est ce que les gens perçoivent alors que moi, je me sens prisonnière, de mes pensées, de mes sentiments, de ma blessure de rejet, de mes croyances, de mes schémas. En fait, tout cela serait une illusion ? Je suis vraiment libre ? C’est incroyable. Soyons cohérents alors, agissons comme tel. Vamos dirait Cécile, qui me lit en souriant.
Voilà qui je suis. Voilà ces 40 premiers hivers. Faits de détermination, de chutes, de relèves, de beaucoup d’amour, de beaucoup d’amitiés solides qui persistent envers et contre tout, de voyages, d’apprentissage de la solitude, de la patience, de l’abnégation. De rejet combattu et de créativité. J’éprouve tant de gratitude pour celle que j’ai été, pour tout ce que j’ai mis en place pour arriver ici, dans ce vaisseau un peu cabossé, un peu rafistolé par endroits, mais toujours en état de marche. Je suis chanceuse d’être encore là, pour accomplir mon destin, me semble-t-il. Vivre peut être envisagé avec simplicité, avec douceur et courage, avec délicatesse et enthousiasme. Quel monde serait-ce sans un grain de folie, sans imagination, sans couleurs, sans épices ? C’est dans ce monde que j’ai envie de vivre, il est temps.
Pour cela, pour ce qui est passé et ce qui nous assistent, je lève ma « coupette ». Je suis riche de toutes ces rencontres, expériences, métiers, fonctions, peines, joies, colères, défaites, chutes sur les pavés, merveilleux au chocolat noir, larmes, électrochocs et coups de folie. Ce n’est pas un fardeau, comme je n’en suis un ni pour moi, ni pour qui que ce soit, par ailleurs. Croyez-moi, j’ai demandé plus que de raison en écrivant cet article et il est sorti de moi comme s’il a été contenu par un barrage depuis trop longtemps. Un pas de plus vers l’apprentissage de la communication ? La vie est une formation continue, et avec mes 40 ans d’expérience, je pense pouvoir enfin, valider ces acquis, avec le sourire. A la suite, à la route 66, aux succès, au Petit, aux karaokés endiablés, aux créations, aux romans Belle Epoque, à vous, et à moi, du coup :) Amour



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