Retomber sur ses pattes

C'est le cœur encore tout embrumé que je reviens vous voir chers joyeux. Il y a un peu moins d'une semaine, un événement assez compliqué a eu lieu, et j'ose dire qu'il a bouleversé ma vie. Bianca, qui partage ma vie depuis 16 ans et quelques moustaches a fait un accident vasculaire cérébral et a chuté du balcon du studio. Plus de quatre mètres de haut, à son âge, je n'y ai même pas cru. Quand ce matin-là je me suis réveillée et que je ne l'ai pas trouvée dans l'appartement, alors que nous avions passé la soirée ensemble sur ce balcon sous la pleine lune et que durant des mois elle y trouvait sa litière quand même, bref, je n'ai pas cru qu'il était possible qu'elle soit tombée sans laisser de trace sur le sol. J'avais demandé à cette "Super Lune" de faire quelque chose de bien pour Bianca et moi. La vache elle nous a pas ratées...

Je l'ai cherchée partout, appelé mon amie Sandra à la rescousse, publié un post sur les réseaux sociaux pour qui la trouverait, bref, on l'a retrouvée : vivante, debout, silencieuse, elle cherchait son chemin. Elle avait l'air normal, elle tenait debout et semblait n'avoir rien de cassé. Incroyable. Mais bon avec le temps j'ai appris à ne pas crier victoire trop vite. Une heure après je la voyais incapable de se mettre debout sans tomber, complétement stone, sans comprendre où ni comment elle s'était retrouvée là. Je l'ai amenée d'urgence chez le vétérinaire qui a été exceptionnel, et lui a prodigué les bons soins, au bon moment. Depuis samedi 13 août, je veille sur elle, lui apporte à boire, tente de la nourrir, nettoie les petits accidents de litière, la câline et la rassure, surveille sa respiration et la calme quand elle ventile. Elle ronronne à nouveau, miaule aussi enfin, et recommence à se nourrir de manière autonome et à être propre. C'est fou mais ce chat est si important, si essentiel, et en même temps si innocent et sans défense, n'ayant d'autre pilier que moi.. Enfin, je suis un peu rassurée.

Tout le week-end, j'ai repris l'écriture du tome 2 de Black cat's therapy. Il fallait que je fasse quelque chose pour ne pas devenir folle, me levant toutes les deux heures pour la faire boire, ne la quittant pas des yeux, ne sortant pas de chez moi pour être là, "au cas où". L'accès au balcon est désormais sécurisé, et jusqu'au prochain appartement, qui est vraiment sûr, je pense qu'on évitera. Mais cela m'a appris quelque chose, quelque chose de frappant : je n'ai écouté aucun avertissement, aucun signe pourtant je les ai perçus. Depuis janvier je cumule les petits bobos, les plus importants, à l'œil, aux doigts, aux mains...Je suis même tombée et me suis fait vraiment très mal, mais j'ai poursuivi comme un bulldozer, travaillant sans relâche, faisant des horaires improbables, toujours plus toujours plus. On me disait gentiment de lever le pied, que j'allais me faire du mal...et l'AVC c'est Bianca qui l'a capté. C'est elle qui est tombée du balcon. Elle qui met du temps à reprendre ses esprits. Je ne peux pas ne pas faire le lien, il est énorme, comme le nez au milieu de la figure.

C'est la quatrième année, le quatrième été passé à travailler. Le premier à Albertville en rédaction, le deuxième et troisième à donner des cours, le 4e sur de la rédaction de contenus. C'est donc le quatrième tour de la Terre que j'effectue sans m'arrêter. Bien sûr, quelques heures, quelques jours par ci, par là. Mais peut-être la solitude est-elle trop lourde, peut-être le travail est-il le seul moyen que j'ai trouvé pour exister, pour vivre tout court, pour ne pas devenir folle, pour ne pas perdre le Nord complètement. En tout cas c'est rapidement devenu excessif, depuis des mois, des années, je vais au-delà de toutes les limites que je m'étais fixée. Pendant les confinements je travaillais 7 jours sur 7, tant il y avait à faire et tant j'avais comblé les espaces vides, pour remonter la pente financièrement après avoir utilisé mes économies dans les projets qui vivent aujourd'hui. 

L'accident de Bianca est un avertissement, fort, brut, clair. ARRÊTE CETTE FOLIE ! me crie l'Univers à pleins poumons. Et je peux dire que j'ai compris, sans sourciller. J'ai compris. Je vais devoir me réinventer, me réorganiser, faire différemment, créer davantage, moins accorder de temps au labeur et davantage à la vie, exploiter ce que je sais faire pour vivre comme il se doit. Après trois ans à faire grandir les projets, ils vont enfin porter leurs fruits, et je devrais pouvoir souffler. Un nouveau départ, un déménagement dans un mois presque tout rond, cela devrait contribuer à m'aider à évoluer.

Il va donc falloir changer d'organisation, travailler moins longtemps, plus efficacement, prendre du temps pour soi et ce n'est semble-t-il pas négociable. Alors je ne vais pas essayer de négocier. Mais quand on y pense...quelle frayeur et quelle folie de n'avoir pas su m'arrêter plus tôt ! Qu'avais-je cru ? Sauver le monde ? Sauver qui exactement ? Pourquoi en faire autant finalement ? Maintenant que c'est fait, on ne peut pas changer le passé, mais le présent et le futur proche doivent évoluer c'est une certitude. Sinon, après, ce sera pour ma pomme. Je l'avais pourtant déjà entendu, il y a 10 ans, quand Jeanne est tombée malade. J'avais changé les choses, pris ma vie en main, pris des décisions. Et 10 ans après ? Je l'ai dit, il y a un mois, que le rythme me rappelait celui que j'avais quand j'étais avocat et que ça ne me plaisait pas du tout. Bien sûr ça n'a pas duré 6 ans, mais ça a suffi. 

Comment continuer sur ce rythme après ce qui s'est passé ? Je n'en ai ni la force ni le cœur. A présent que je peux à nouveau prendre Bianca contre moi et la sentir ronronner, je me suis juré de ne pas recommencer une troisième fois. Visiblement je comprends vite mais il faut m'expliquer longtemps. Il n'y a pas de phrase plus vraie que celle-ci. J'ai déjà souffert, j'ai déjà goûté à cette souffrance et au manque de gens que j'aime, j'ai déjà dû remonter la pente, tout arrêter, tout recommencer. Faut-il repasser obligatoirement par ces étapes pour comprendre une bonne fois pour toutes quelle route est faite pour moi ?

Cet accident n'en est pas un, il est la preuve de la force du destin et la chance d'être encore en vie, encore là pour pouvoir rebondir et réparer ce qui peut encore l'être. Aujourd'hui, j'ai un autre regard sur ma vie, que je remettais déjà en question ces dernières semaines, je savais que quelque chose devait changer sans savoir comment m'y prendre. Puis face à l'urgence, au drame, au "on n'est pas passé loin", on trouve des solutions. Recentrons-nous. 

Un livre à sortir, de nouveaux projets, pro et perso, et plus de déplacements, plus d'ouverture, même sur des durées courtes, c'est nécessaire. C'est indispensable. Du mouvement, de la joie, de la couleur. Enfin. Voilà ce que m'inspire cette chute, cette résilience et la force de mon chat qui survit à ce genre de chute, incroyable mais vrai : on finit toujours, toujours par retomber sur ses pattes. Parce qu'à la fin tout se passe bien, alors si ce n'est pas bien, c'est que ce n'est pas la fin. 

Prenez soin de vous, je vous embrasse. 




Commentaires

Anonyme a dit…
Quel bel écrit rempli de sens et de bienveillance.
Je te souhaite le bonheur et le meilleur.
Une caresse à Bianca alias Queen B.
Cécile ❤️
Virginie a dit…
Oh Laura ! Si tu savais combien ce récit me parle et me touche. Il est grand temps de trouver ton rythme de respiration et je suis certaine que ce sera à pleins poumons mais en toute cohérence. Je t’embrasse fort, merci de transmettre une montagne de caresses à Bianca.

Articles les plus consultés